- 1. version : en
- 2. version : fr
- 3. Sailfish OS ? j’connais le mot oui, j’ai un copain qui fait ça, mais…
- 4. Choisir un téléphone
- 5. Démarrer un téléphone avec Sailfish OS
- 6. Au démarrage
- 7. Cas d’usages et applications
- 8. Jeux et gadgets
- 9. Backup du système
- 10. Blocage d’appels et enregistrement des appels
- 11. L’explorateur de fichier : File Browser
- 12. Storeman, la 2e logithèque
- 13. Chum
- 14. Patchmanager
- 15. Notes sur le quotidien
- 16. En conclusion
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Contribution welcome.
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Où comment j’ai migré tous mes usages numériques mobiles sur Sailfish OS en un samanche
Résumé : Sailfish OS est un système d’exploitation GNU+Linux pour téléphone portable qui bénéficie d’une maintenance professionnelle depuis plus de 10 ans. Il peut fonctionner sur une dizaine d’appareils dont plusieurs encore d’actualité. Avec Sailfish OS, vous êtes root sur votre mobile, tout simplement. Et puis vous êtes au pays d’F-Droid, mais sans menace sur l’avenir. Les applications viennent sous forme de paquets RPM normaux et vous pouvez vraiment modifier le système depuis le terminal. D’ailleurs les options développeur permettent, d’un clic, d’activer le serveur SSH embarqué. Dans ce billet, je détaille comment j’ai migré mes 15 usages numériques mobiles en espérant vous faire gagner du temps pour votre propre migration.
3. Sailfish OS ? j’connais le mot oui, j’ai un copain qui fait ça, mais…
Je me suis souvenu de Jolla et de son Sailfish OS à l’occasion de la campagne actuelle de pré-commande du téléphone haut de gamme nommé J2 qu’ils sont entrain de faire produire.
Malgré tous les efforts que je fais pour éviter le colonialisme numérique américain, je ne m’étais pas encore suffisamment penché sur la question. Je m’étais arrêté, il y a 10 ans, à des broutilles comme : les paquets c’est du RPM c’est pas ma famille, en plus c’est basé sur Systemd… ou sur des considérations de politique internationale brillamment rendues caduques depuis (Jolla a survécu et rompu son partenariat russe depuis le début de la tentative actuelle d’invasion de l’Ukraine par la Russie).
https://linuxfr.org/users/siltaar/journaux/alors-il-est-bien-le-fairphone-2 (il y a bien là des gens qui ont tenté de me faire gagner 8-9 ans d’errance et je les en remercie)
À l’époque entre FirefoxOS, Ubuntu Touch et puis PinePhone et Librem… je croyais avoir le choix.
Avec cette actualité côté Jolla je me suis dit que ça valait la peine de se repencher sur cette possibilité. À vrai dire, je me suis également souvenu qu’un ami m’avait détaillé son quotidien avec un téléphone sous Ubuntu Touch (UBports) il y a 4-5 ans dans une colloc' avec Lunar en marge des JDLL je crois… Son propos pouvait se résumer à la maxime du film « Les enfants du marais » sur le bonheur de ne manquer de rien (sans pour autant rouler sur l’or).
Je me suis donc mis en quête d’un obstacle majeur pour m’éviter d’avoir à changer mes habitudes, mais je n’en ai pas trouvé. Et puis, quelqu’un a eu besoin d’un téléphone pour Noël dans ma famille alors l’idée de déménager sur Sailfish OS avant la fête et pouvoir ainsi offrir mon appareil (connu, fiable et bien entretenu) m’a encouragée.
J’ai cherché plus en détail si tous mes usages habituels de smartphone seraient couvert par ce nouvel écosystème, et des pistes sont apparues dans tous les domaines. En plus en cas de doute Jolla annonce que la version payante de son Sailfish OS est en mesure de faire fonctionner les applications Android via une « couche de compatibilité ». Le système propose même directement d’installer F-Droid et Aurora Store en fin de parcours d’accueil ce qui promet une transition en douceur.
Dans mon cas il y avait toutefois également des solutions « natives » Sailfish OS à tester pour chaque usage. L’espoir d’avoir un téléphone sous GNU+Linux sans plus rien d’Android à la fin faisait briller une belle lumière au bout de ce tunnel.
J’avais 2 semaines avant les fêtes, j’étais large !
4. Choisir un téléphone
C’est la partie où on se fait plaisir en faisant du lèche-vitrine sur les modèles supportés. Dans mon cas le choix fut assez rapide car mon critère principal c’est la largeur de l’appareil. Les mobiles peuvent évoluer autant qu’ils veulent (jusqu’à flirter avec les tablettes) mes mains elles ne grandissent plus. Jusqu’ici le téléphone que j’ai préféré fut le Fairphone 1 : il avait des dimensions idéales. Dernièrement j’utilisais un Samsung Galaxy S10e, y’avait plus rien de libre là dedans, mais il faisait de belles photos…
J’ai compilé quelques infos sur les téléphones un peu éthiques supportant Sailfish OS ou Ubuntu Touch (en commençant par le Fairphone 1, et en mentionnant le S10e pour comparaison) :
Fairphone 1 : 126 × 64 × 10 mm (170g) Xperia 5 IV : 156 x 67 x 8,2 mm (172g) (*) Xperia 10 III: 154 x 68 x 8,3 mm (169g) *** Samsung S10e : 142 × 70 × 8 mm (150g) Xiaomi Mi 6 : 145 x 70 x 7,45mm (168g) -*-
Fracture
Fairphone 6 : 156 × 73 × 9.6 mm (193g) (*) Jolla J2 : 158 × 74 × 9 mm (-?-g) (***) Librem 5 : 152 x 74 x 15 mm (262g) Volla phon.22: 157 x 75 x 10 mm (210g) -*- Fairphone 5 : 162 × 76 × 9.6 mm (212g) -*- FLX1 : 170 x 76 x 8 mm (200g) Pinephone : 160 × 77 × 9,2 mm (185g) -*- Jolla C2 : 179 x 78 x 8.5mm ***
Légende : -*- : utilisables avec SailfishOS *** : officiellement supporté (*) : bientôt utilisables (***) : bientôt officiellement supporté
Les modèles supportés par Ubuntu Touch avec des largeurs acceptables sont à ce jour tous trop anciens et je n’ai pas le temps d’attendre la sortie du J2. Le C2 lui est vraiment trop large (et pas ouf non plus niveau specs).
C’est là qu’il convient de préciser que si Jolla a survécu 13 ans principalement en régime de vache maigre, ils ont appris à être efficaces et à ne pas s’éparpiller. Entre deux campagnes de production de téléphone pour un marché des BRICS (Jolla C, C2…) ils se concentrent sur le fait de supporter commercialement un modèle de mobile de multinationale, un seul. Ils ont choisi les Sony Xperia 10 (l’entrée de gamme d’un constructeur prestigieux). C’est un choix raisonnable quant à la qualité des appareils, leur disponibilité d’occasion, leur prix, leur puissance et même leur largeur !
Je dégaine donc LeBonCoin et me fait livrer un modèle Xperia 10 III pour 110€ (c’est le plus récent qui soit officiellement supporté par Jolla). S’ajoute à ça la licence logicielle annuelle à verser à Jolla pour la modique somme de 24,90€ et on devrait pouvoir passer à l’étape suivante.
Bon mais tout d’abord, moment d’émotion, j’ai 42 ans et c’est la première fois de ma vie que je paye une licence logicielle. Rien que de prononcer le terme ça me fait venir des boutons. Mais là j’suis pressé et j’ai pas envie de me plonger moi-même dans la configuration de la version communautaire du support des applications Android sur GNU+Linux (Anbox, Alien Dalvik, Waydroid ?). Alors je vois d’un bon œil que des anciens de chez Nokia me proposent le truc clé en main pour 2€ / mois. En fait je verse 5€ / mois à l’April.org (et 5 autres à MSF) depuis 2002, je peux bien m’offrir Linux sur mon téléphone portable pour moins de la moitié de chacunes de ces sommes !?
Et puis au delà du montant, l’idée c’est de changer de paradigme dans ma façon de consommer. Si je ne veux plus de cette société de capitalisme de surveillance, il me faut bien trouver des alternatives de confiance. Puisque je ne peux pas tout faire moi-même, j’suis ravi de trouver à acheter du service honnête, sans pub et sans cynisme. J’suis en fait plutôt rassuré de le payer, ce service et donc d’avoir une vrai relation client / producteur et les droits qui vont avec et me protègent.
Les acteurs du web qui proposent des services "gratuits" mais bourrés de publicités (les plus ciblées possibles) vendues aux enchères dans les premières millisecondes du chargement de vos pages web, ils ne sont pas honnêtes. Les Google, les Facebook, on les retrouve à trafiquer les élections derrière… Et puis c’est pas comme pour l’état, là on parle d’une mafia dont on peut se passer. Il suffit de le décider, et je m’en vais vous le montrer !
5. Démarrer un téléphone avec Sailfish OS
Une fois le téléphone reçu, l’aventure pu commencer. Mais faisons un pas de côté pour étudier un autre scénario que le mien, si vous êtes pressés et malins, prenez votre mobile chez : https://buy.jolla-devices.com/
C’est un peu plus cher, mais ça vous économisera les 2h que j’ai passées à installer Sailfish OS sur le téléphone. On parle d’une procédure en 40 étapes, dont l’ouverture d’un compte chez Sony pour débloquer le bootloader du téléphone et télécharger le système Android d’origine de l’appareil… sans oublier qu’il faut impérativement le brancher sur un port USB2 pour réussir à flasher l’image de Sailfish OS à la fin, via adb en ligne de commande… Alors qu’avec un « Jolla-device » vous avez juste à appuyer sur le bouton pour qu’il démarre. Mon premier réflexe fut certes de tout faire moi-même, mais si c’était à refaire je ne sais pas si ça m’amuserait encore.
6. Au démarrage
Au démarrage, c’est la grande classe, le cœur battant on arrive dans une procédure d’accueil qui explique comment on navigue dans Sailfish OS : tout d’une main et par glissades sur l’écran (le système n’ayant besoin d’aucun bouton physique).
C’est ingénieux et ça se révèle pratique au quotidien. Il y a d’ailleurs d’autres idées originales à découvrir comme ça.
J’ai décris il y a quelques années les procédures de démarrage d’un Android 12, puis devant le succès du billet, d’un Windows 10 :
Il y a presque autant d’étapes dans ces procédures d’accueil que l’installation manuelle de Sailfish OS, avec, chez ces géants du numérique capables de mettre des millions dans une interface graphique, toute la prestidigitation possible en terme de Dark pattern pour te faire croire que tu DOIS ouvrir un compte chez Google, et puis un autre, juste après, chez Samsung… Que sinon t’auras pas accès au catalogue d’applications, ni même à une calculatrice une fois arrivé (enfin !) sur le bureau (ni de thème Samsung sombre pour ton écran OLED ! La misère quoi). Mais ce qui a fait le succès de ces billets, c’est l’incrédulité des gens qui découvraient à cette occasion qu’il est possible de ne pas se connecter à Google Play, ni au "store" de Samsung. Que le téléphone démarre quand même…
Bon, avec Jolla le compte tu l’as ouvert avant de démarrer le téléphone et tu ne peux rien acheter d’autre avec. Toutefois ce compte permet de se connecter au forum de la communauté Jolla. Parce que Sailfish OS, un peu comme Fairphone, c’est aussi une communauté animée en ligne sur un forum moderne (Discourse). Cette approche est encore le meilleur moyen, pour les petites entreprises (comme Fairphone et Jolla) de moissonner les bonnes volontés des plaines fertiles du logiciel libre (et d’économiser sur le service client en laissant les utilisateurs se répondre entre eux).
Au passage, le forum de Sailfish OS est bien vivant. Il compte, début 2026, un peu plus de 3500 membres si on en croit le nombre de badges utilisateur "Basic" attribués. La communauté me semble plutôt active puisqu’environ 2500 utilisateurs ont reçu un "Like" et presque autant en on donné, pour à peine 150 membres ayant pris la peine de renseigner une biographie (et pas tout à fait autant, de suivre le tutoriel des utilisateurs avancés). 40 sujets ont dépassé les 20k vues, 8 sujets ont dépassé les 50k vues et les deux stars ont atteint 95k vues pour l’annonce du lancement de Whisperfish et 353k vues pour l’annonce de la fusion du Mer project dans Sailfish OS en août 2020.
En fin de procédure d’accueil de Sailfish OS, on a un écran permettant de choisir quelques applications à installer directement depuis la logithèque officielle (à laquelle on est identifié via son compte Jolla). On retrouve dans cette sélection la couche de compatibilité Android (qui est donc désinstallable) et avec cette dernière les logithèques F-Droid et Aurora Store.
Apercevoir ces icônes familières est assez réconfortant après toutes ces nouveautés.
On retrouve dans cette logithèque officielle :
-
une extension du Système pour se connecter à du VPN (Open Forti)
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une application dictaphone (Audio Recorder)
-
l’extension d’écriture prédictive pour le clavier (la liste de mots que vous semblez avec commencé à écrire… et qui est donc réservée à la version payante de Sailfish OS)
-
une calculatrice (parce que c’est décidément la carotte choisie pour vous intéresser aux places de marcher logicielles dans la téléphonie mobile)
-
un calendrier
-
une visionneuse de documents
-
un client mail
-
un lecteur multimédia (basé sur VLC)
-
une application de prise de notes…
J’ai donc pu rapidement commencer à cocher des cases dans l’inventaire de mes usages mobiles. Regardons un peu cette liste, il me fallait :
-
des clients de messagerie chiffrée : Signal, Delta-Chat, Element (Matrix)
-
un client Mastodon
-
une appli météo
-
le lien sur le bureau avec les horaires des déchèteries alentour…
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de la photo (avec édition des photos depuis le téléphone, parce que j’ai pris de mauvaises habitudes avec le Samsung…)
-
du stockage chiffré sur carte SD
-
des contacts, notes et agendas synchronisés NextCloud
-
un logiciel de guidage GPS (un peu plus performant qu’OSMand en matière de recherche d’adresses si possible)
-
l’intégration de mon abonnement au moteur de recherche Kagi.com
-
du TorBrowser pour lire la presse
-
une copie de Wikipedia hors-ligne (d’ailleurs on me demande souvent de ne pas finir la lecture des pages ouvertes pour documenter les discussions lors des repas de famille ; je ne comprends pas bien ce manque de curiosité…)
-
un trousseau OTP (parce que 7 services m’ont imposé cet usage au cours de la dernière décennie)
-
un logiciel de lecture OBD (pour effacer les codes d’erreur avant un contrôle technique quand on roule à l’éthanol en Prius)
-
de quoi lire des ePub et des PDF (et j’vous parlerai des .cbz aussi)
-
avant le Samsung, quand j’utilisais un Android rooté j’utilisais un VPN (WireGuard) et un enregistreur d’appels téléphoniques… (et un limitateur de charge batterie, mais ça ça a été intégré dans à peu près tous les systèmes, tout comme les filtres rouges pour l’écran la nuit)
-
un logiciel de filtrage des appels entrant pour éviter le démarchage téléphonique (j’ai récemment découvert SpamBlock sur Android et c’est rudement efficace en France avec cette configuration : https://pled.fr/spamblocker-pour-le-telephone/)
-
et pourquoi pas quelques jeux, j’aime bien : Sokoban, OpenFlood, Tetris ou Andor’s Trail…
Ça fait 15 objectifs, j’ai 15 jours : j’suis laaarge (et puis j’ai mon plan pour la suite de ce billet).
Mais pour faire court : j’ai tout activé en 12h un samanche (un samedi-dimanche… sans concession sur la colonisation des esprits j’vous dit !).
À la fin de ce sprint, je n’avais installé que 5 applications Android via la couche de compatibilité. L’objectif pour moi c’est plutôt de pouvoir m’en passer un jour, parce qu’il est temps de vous le dire, la « couche de compatibilité » c’est juste une machine virtuelle, lancée dans votre Linux tout propre, qui fait démarrer un système Android entier pour faire tourner vos applications préférées. Alors c’est longuet à démarrer, ça rempli la RAM et même au repos ça entraine une légère surconsommation d’énergie. C’est certes très bien intégré dans le reste du système, mais si le but c’est de se passer d’Android on y est pas vraiment. Toutefois ça permet de migrer rapidement ses données et d’avoir accès à la grosse logithèque Android.
Cette migration m’a donc pris pas mal de temps, mais j’avais tout à découvrir. En suivant ce guide vous devriez arriver au même résultat en une paire d’heures (le temps que j’ai mis la dernière fois pour migrer les données d’Android entre deux Samsungs, en commençant par utiliser le logiciel de migration fourni par le constructeur).
Un premier raccourci peut être prix ici : https://forum.sailfishos.org/t/list-of-android-sailfish-os-applications/6866
6.1. Applications bancaires
Autre préambule, aussi étonnant que cela puisse paraitre, beaucoup de gens s’arrêtent avant d’en arriver là en s’écharpant au sujet des applications bancaires. Il y a effectivement des recommandations européennes pour de bons mécanismes de validations des transactions bancaires qui imposent une validation dynamique et contextuelle, via un système certifié et tout et tout (DSP3)… Et les banques n’ont certifié qu’Android et iOS pour l’instant. Donc en théorie les applications bancaires sont obligatoires et elles peuvent exiger un niveau de compatibilité Android supérieur à ce que Sailfish OS peut proposer aujourd’hui (sans perspective d’amélioration immédiate). C’est un risque.
Dans la pratique, ça fait 10 ans que les banques communiquent en mode : attention, la validation par SMS ne va bientôt plus être possible ; en espérant qu’on installe leurs applications maison, à code source secret, sur nos terminaux. De ce que j’ai pu tester jusque là, les banques proposent des solutions alternatives, que ce soit la validation de codes SMS puis courriel à quelques minutes d’intervalle, ou l’utilisation d’un boîtier OTP maison. Je suis gérant de 2 entreprises, trésorier de plusieurs associations, je pratique 4 banques au quotidien et je n’envisage franchement pas d’installer une application bancaire qui ne viendrait pas d’F-Droid…
Ce ne serait pas raisonnable d’installer sur sa machine une application dont le code n’a été revu par aucun pair. Si ça se trouve elle vous espionne et siphonne votre profil, vos contacts et vos photos de vacances. En fait l’association Exodus privacy a même prouvé qu’elles contiennent des pisteurs, ces applications. Vraiment, plusieurs…
Et puis ma grand-mère par exemple, elle n’a pas de téléphone Android, mais sa banque veut quand même la garder comme cliente. (Y’a peut être même des bouts de droit qui diraient que la banque doit conserver ses services aux clients ayant signés…)
6.2. Rodéo
Quelques mots sur Sailfish OS avant de reprendre ma liste de cas d’usages. Le système est globalement zen, homogène et assez minimaliste. Beaucoup de paramètres sont réglés par défaut comme je les aimes et tant mieux parce qu’on n’est pas non plus noyés sous les possibilités de réglages.
Par exemple avec Android j’en étais rendu à régler la force de la vibration des retours tactiles ou la puissance de la torche LED… Avec Sailfish OS on peut activer ou non les retours tactiles, et allumer ou éteindre la lampe torche. Et ça suffit bien en vrai.
Si déjà là c’est la frustration qui l’emporte parce qu’il vous faut le dernier gadget à la mode, prenez le temps d’y penser. Peut-être qu’il vaudra mieux revenir plus tard, quand vous serez prêt. Sailfish OS est un système GNU+Linux, un vrai, donc une sorte de désert concernant le support du matériel récent ou un tant soit peu exotique, parce que les constructeurs ne font pas leurs choux gras avec nous. On est plus sur l’essentiel que sur l’accessoire avec Sailfish OS.
Mais j’ai parlé de trouvailles confortables dans ce système. En effet, en plus de la navigation par glissades, il y a par exemple le saut de défilement : quand on défile une longue liste, l’ascenseur de la barre de défilement est rapidement augmenté de deux boutons ajoutés en surimpression, chacun sur une moitié de la hauteur de l’écran. Ces boutons permettent d’aller directement tout en bas, ou de remonter tout en haut. C’est typiquement le genre de fonctionnalité qui apparaît comme évidente mais manque cruellement si on doit retourner sur Android.
Au cours de mes premières semaines d’utilisation j’ai souvent eu l’occasion de me dire que Sailfish OS était codé par des libristes, pour des libristes et, plus on avance dans les solution communautaire, plus on arrive sur des bidouilles d’informaticien. Vous pourrez vous faire votre avis en lisant la suite de ce billet et je note que Jolla est une petite équipe, qu’elle jardine bien sa communauté et que compte-tenu de leur moyens ils offrent quelque chose de remarquable.
Tient, un autre exemple de fonctionnalité mieux pensée côté Sailfish OS qu’Android ce sont les captures d’écran. Elles sont pénibles à déclencher pour tous les utilisateurs d’Android avec lesquels j’ai pu en parler : il faut se souvenir de la combinaison de touches pour leur modèle de téléphone, il faut avoir assez de doigts disponibles pour atteindre les touches et assez de mains pour avoir la force d’enfoncer toutes les touches en même temps… Alors qu’avec Sailfish OS, y’a un mode « capture d’écran » à activer dans le menu du volet déroulant, à côté du WiFi, du Bluetooth et du mode avion. Une fois le mode « screenshot » activé, un bouton de déclenchement s’ajoute à l’écran (on peut le glisser n’importe où) et il suffit d’appuyer dessus pour enregistrer une capture. On peut en faire plein à la suite et le bouton n’est évidemment pas présent sur la capture. Là encore, c’est livré avec le système, direct et intuitif.
Mais reprenons donc ma listes de cas d’usage en voyons comment ça se passe avec Sailfish OS.
6.3. Stockage chiffré
Au 1er démarrage de Sailfish OS, le système demande un mot de passe et chiffre le stockage interne du téléphone.
Quand on insère une carte SD, on peut la formater pour Sailfish OS (en ext4) et activer le chiffrement du volume (via LUKS). C’est tout prévu tel quel, y’a qu’à dérouler.
Rien à voir avec : https://grimoire.d12s.fr/2018/format_android_external_sdcard_in_ext4.html ; l’application EDS Lite plantant aléatoirement à chaque transfert de fichier vers le conteneur chiffré (j’ai tenu des années à y glisser mes photos tous les mois par petits lots…).
Par contre c’est sans concession sur la sécurité et il faut retourner dans les menus (Paramètres → Stockage) pour monter la carte SD (en saisissant le mot de passe) à chaque redémarrage. Bon, c’est du Linux, il n’y a pas besoin de le redémarrer souvent…
6.4. Import des contacts via NextCloud
Ça se passe dans l’onglet de droite des paramètres du système. On peut y définir des comptes, y compris des comptes NextCloud pour synchroniser : contacts, agendas, images…
Pour les contacts c’est presque frustrant de ne rien avoir à en dire non plus. Il y a des procédures d’import pour différentes sources, ils se synchronisent ensuite tous seuls avec le compte NextCloud. Ça juste marche.
6.4.1. Agenda synchronisés CalDav et ICS
Pour les agendas, c’est un autre exemple de truc plus simple dans Sailfish OS que dans Android.
Dans mon cas j’agrège des agendas depuis deux instances NextCloud, des comptes Infomaniak et un site web (jourstempo.fr).
Avec Android il faut installer au minimum 3 applications depuis F-Droid pour synchroniser tout ça :
-
DAVx5 : pour lire les NextCloud
-
kSync : pour lire les comptes Infomaniak
-
ICSx5 : pour lire jourstempo.fr
Avec les applis à ressortir régulièrement du congélateur d’économie d’énergie et à r’associer à l’Agenda d’Android (si vous n’avez pas installé une application tierce depuis F-Droid).
Avec Sailfish OS je n’ai rien eu à installer. J’ai juste "triché" sur un point, c’est que les agendas Infomaniak, je les ai importés depuis mon instance NextCloud (qui sait déjà les lire) au lieu d’aller les chercher à la source. Mais c’est pas interdit :-)
7. Cas d’usages et applications
7.1. Photos et Imageworks
Le téléphone est livré avec une application photo fonctionnelle, nommée Camera. Elle est à l’image du reste du système : volontairement zen et minimaliste ; avec toutefois le nécessaire à portée de main (enfin, à portée de pouce).
Les photos sont correctes quand on est dans de bonnes conditions d’éclairage ou que le sujet est immobile, mais j’en attendais plus de Sony. LesNumériques.com aussi en constataient du mal à la sortie de l’appareil. Les prises de vue ne sont pas stabilisées mécaniquement, mais c’est parce que Sony a décidé que se serait un des points de limitation imposés à son entrée de gamme.
Avec Sailfish OS on a (facilement) accès qu’à un seul des 3 capteurs photo présents au dos de l’appareil (le capteur principal). Je ne m’en sens pas tellement lésé car les autres capteurs font 8Mpx et pas 12Mpx comme le principal. Je m’interroge d’ailleurs sur la stratégie de Sony consistant à fournir un capteur annoncé comme un zoom optique x2 tout en mettant en fait derrière un capteur comptant un tiers de pixels en moins… le compte n’y est pas pour obtenir le x2 annoncé (on est plus à x1,33 dans ces conditions).
Pour l’édition embarquée des photos on peut installer l’application Imageworks depuis la logithèque Jolla. Sans arriver au niveau de complexité de The Gimp, cette application est très riche en fonctionnalités et mérite qu’on prenne le temps de l’explorer. Pour ce qui m’intéressait, elle permet facilement de recadrer une photo, de la redresser, de la passer en noir&blanc ou d’en étendre le contraste (global, ou canal par canal), à la main ou via l’un des 30 filtres embarqués.
Comme l’a dit un ami, après avoir lu un document sur la migration annoncée du Danemark vers Linux et LibreOffice, le mot "souveraineté" se traduit en langage technique par : montée en compétences, meilleure compréhension, contrôle accru… (c’est vrai que je ne sais pas vraiment ce qu’elle faisait la fonction "tout automatique" de Samsung pour améliorer les photos)
7.2. Guidage GPS
On trouve à ce sujet l’application OSM Scout dans la logithèque de Jolla. Elle permet de télécharger facilement la cartographie de la France pour un usage hors-ligne et est parfaitement fonctionnelle. S’il fallait lui trouver un défaut, ce serait celui d’avoir été codée par un informaticien plutôt backend a priori et donc de ne pas être folichonne niveau interface graphique. Heureusement il existe une alternative : Pure Maps, qui elle arrive directement en tête de toutes les applications de guidage par GPS que j’ai pu tester (OSMand, Organic Maps, CoMaps…) mais j’y revendrai un peu plus loin.
7.3. Kagi.com et le navigateur web par défaut
Le navigateur web livré avec Sailfish OS est un Firefox mobile dont l’interface a été adaptée pour s’intégrer à l’environnement graphique de Sailfish OS avec ses fonds transparents et ses menus à tirer de chaque côté de l’écran.
Cette adaptation demande beaucoup de travail et Jolla peine à le fournir, se concentrant sur les versions de Firefox à support long (ESR), donc vieilles, et même souvent déjà légèrement périmées une fois adaptées… La plupart des sites s’affichent très bien, mais d’autres ne sont pas complètement fonctionnels (et c’est dommage quand c’est LeBonCoin.fr).
Pour Kagi.com tout se passe très bien : il est possible d’ajouter un marque-page dans la liste des applications pour retourner rapidement sur le site et lancer une recherche tant que les cookies gardent la session ouverte.
Il est aussi possible d’ajouter Kagi comme moteur de recherche par défaut du navigateur. Pour faire ça il faut savoir que la liste des moteurs de recherche disponibles se met à jour toute seule en fonction des sites qu’on visite. Les sites qui s’annoncent comme étant des moteurs de recherche sont automatiquement ajoutés à la liste. Mais vous ne pouvez pas ajouter un élément vous-même. Kagi.com fait partie des moteurs de recherche reconnus par le navigateur et on peut donc aller le sélectionner dans la liste après l’avoir utilisé au moins une fois.
Pour en revenir au navigateur web, ce qui me dérange le plus ce n’est pas son age, mais l’absence des addons / WebExtensions. Je ne dit pas seulement ça parce que j’en développe une (Meta-Press.es), mais parce qu’il est impossible d’installer la WebExtension de Kagi pour fluidifier l’expérience utilisateur, ni même un simple bloqueur de pub (comme uBlock origin) ce qui oblige à revoir le monde tel qu’il est vraiment et à mieux choisir les sites qu’on a vraiment envie d’afficher…
Une nouvelle version de ce navigateur devrait arriver bientôt, mais elle est en retard d’un an et sera elle aussi déjà obsolète quand elle sera disponible… L’ironie de la situation s’apprécie vraiment quand on visite le forum officiel des utilisateurs de Sailfish OS, car le Discourse annonce « Votre navigateur web est obsolète et ne sera bientôt plus supporté ».
7.4. Copie de Wikipedia hors-ligne
Je colle ce point ici car c’est vraiment la suite du point précédent. La logithèque de Jolla propose l’application Zimpedia pour lire des copies de Wikipedia hors-ligne. C’est un lecteur de fichier ZIM, un format créé pour ça.
Quand on installe Zimpedia, l’application renvoie vers le site web du projet pour se fournir en fichiers ZIM (un peu comme le fait Aard2 d’F-Droid). Mais hélas, la page web permettant de chercher parmi les fichiers ZIM disponibles sur Kiwix.org (l’organisme à l’origine du format ZIM) n’est pas fonctionnelle quand elle est chargée dans le navigateur web par défaut…
Alors utilisons notre premier jocker : on lance F-Droid, on installe Fennec et puis voilà.
On découvre alors qu’on a le choix entre 3 longueurs de Wikipedia francophone : 3GO pour la version abrégée, 11GO pour la version texte seulement et 50GO pour la totale avec les photos ! J’ai testé la 3GO mais c’est un peu trop court, il n’y a que les introductions des articles. Je me suis rabattu sur la version 11GO.
Et surprise, il y a aussi les Wiktionnaires, et une archive de 5,5GO de livres libres de droits (j’ai lu du Voltaire dernièrement), et puis des copies de pleins de gros sites comme le célèbre wiki d’Arch Linux (que j’utilise, soi dit en passant ; enfin une Artix) ou des pans entier de StackOverflow. Et là, ça dépasse largement ce qu’on peut avoir avec Aard2 sur Android.
7.5. TorBrowser
Inutile d’y aller par 4 chemins, pour installer le TorBrowser c’est joker direct : il faut aller le chercher dans F-Droid.
Tant que j’y suis, j’y ajoute toujours quelques WebExtensions : - uBlock origin pour bloquer les pubs - Local CDN pour économiser de la banque passant et évitant de me faire pister par les CDN utilisés par les sites web visités (c’est beaucoup Google, pour beaucoup jQuery ou Bootstrap). - GenAi, pour éviter de perdre son temps à lire un truc pondu par IA générative et dont personne n’a vérifié si ça avait vraiment du sens - Dark Reader, pour avoir du fond sombre partout (ce qui économise la batterie quand on a un écran OLED) - Firefox Multi-Account Containers (pour conteneuriser ses cookies et ouvrir plusieurs sessions d’un même site dans plusieurs onglets, au moins sur les machines avec clavier) - Temporary containers (pour que les onglets se comportent comme on croit qu’ils le font, isolés les uns des autres) - I still don’t care about cookies (pour gagner du temps) - Kagi, Meta-Press.es, Ophirofox, Cesium…
Une WebExtension, c’est le moyen le plus simple d’implémenter une nouvelle idée logicielle. Une richesse insoupçonnée pour beaucoup. Le césame de l’informatique : codez une fois, exécutez partout !
7.6. Trousseau OTP
La logithèque de Jolla propose SailOTP, une application assez proche du FreeOTP+ que j’utilisais via F-Droid. J’ai ré-importé les 7 comptes un par un (sans parvenir à faire fonctionner la lecture de QR code intégrée à l’application ; c’est un bug déjà connu, n’y perdez pas votre temps). Si vous avez 200 comptes, il est peut être plus raisonnable de vous ré-installer le même FreeOTP+ ou de vous pencher sur le format de fichier d’import de comptes de SailOTP.
Dans mon cas, et puisque Sailfish OS est livré avec un lecteur de QR, je me suis généré un QR code par compte OTP à transférer depuis la console de mon ordinateur. J’ai utilisé la commande qrencode côté GNU+Linux :
qrencode -t utf8 'Texte à transmettre'
Et voyons au titre suivant comment je les ai lus côté Sailfish.
7.7. Lecteur / émetteur de QR code
Pour lire un QR code depuis Sailfish OS c’est simple : c’est l’application Camera qui s’en charge. Elle intègre en effet une fonctionnalité de scan de QR code : une icône apparait quand un QR code est détecté sur la prise de vue en cours. Au passage, il est possible d’utiliser l’objectif à selfie pour lire des QR codes et bénéficier d’une mise au point parfois plus rapide (ce qui est vrai pour tous les téléphones).
Par la suite, j’ai toutefois trouvé plus pratique d’utiliser l’application CodeReader de la logithèque Jolla pour ce genre d’exercice. Elle gère notamment un historique des photos des QR codes et de leurs valeurs décodées.
Ensuite on trouve dans la logithèque Jolla l’application QR clip qui permet de générer un QR code à partir du contenu du presse papier. Ça peut toujours être pratique d’avoir ça sous le coude.
Une remarque en passant sur les copier/coller, Sailfish OS étant une distribution GNU+Linux le presse papier fonctionne comme dans le monde Unix : tout texte sélectionné est automatiquement copié, pas besoin de préciser la chose. Vous pouvez directement vous déplacer ailleurs dans le texte (ou dans une autre fenêtre) et coller votre sélection depuis le bouton du presse papier intégré au clavier, ou donc en générer un QR code via QR clip.
7.8. Lecture de livre au format ePubs (PDF et CBZ)
La logithèque de Jolla propose une application nommée Books. Il s’agit d’un fork du logiciel FBreader que j’utilisais sur Android. Ce logiciel était donc facilement recompilable pour une autre plateforme…
Books permet d’ouvrir des .epub et de se mettre un fond noir avec le texte en vert. C’est ce réglage que j’utilise pour optimiser le contraste de lecture et la consommation énergétique d’un écran OLED. Je n’en demandais pas plus pour lire mes livres la nuit.
Concernant les fichiers .cbz, qui sont utilisés pour la distribution de mangas et autres BD sur le web, je n’ai pas trouvé d’application. J’avais pourtant une œuvre de ce format qui me trainait dans les pattes. J’ai tenté de l’ouvrir à tout hasard, mais le format n’est pas pris en charge comme ça. Par contre l’explorateur de fichier (installé à la fin de la procédure de bienvenue) constate rapidement qu’un fichier .cbz c’est juste un tas de fichiers .jpeg dans une archive compressée, et il propose alors de sortir les images dans un dossier.
De là, il existe un mode "galerie" dans ce File Browser, et ça affiche directement les images du dossier courant en pleine largeur, les unes à la suite des autres. J’ai donc pu relire confortablement la BD réclamée par mon fils (un peu inquiet à l’idée de peut-être y perdre au change lui aussi).
Ce mode galerie, c’est un bon compromis entre l’affichage d’une icône générique pour les images dans la liste des fichiers et l’affichage d’une vignette générée à la volée (ou quand thumblerd décide de squatter tout ton CPU alors que toi tu voudrais juste démonter ta clé USB…). C’est original comme fonctionnalité, mais je suis directement tombé sur un cas d’usage.
Concernant les PDF, je n’ai pas testé mais l’application Documents installée d’office est réputée capable de les ouvrir. Je tâcherai de tester ça avant de me retrouver dans la file d’attente d’un concert.
7.9. Mieux qu’Android ? (Tooter)
J’ai décris jusque là pas mal d’aspects de Sailfish OS qui me semblent meilleurs qu’Android. Mais ce n’est pas le cas partout non plus.
Pour commencer, le navigateur web périmé fait tâche. Ensuite mon premier essai de Tooter, le client Mastodon ne m’a pas convaincu. Je l’ai vite refermé et me suis consolé en constatant que le client web de Mastodon fonctionne très bien dans le navigateur par défaut.
Pour la météo j’ai testé France Météo, mais l’application n’est qu’une preuve de concept pour l’instant. Alors puisque les onglets restent ouverts d’une fois sur l’autre dans le navigateur, je me suis ouvert le météogramme de MeteoBlue.com (mais franchement, si vous voulez vous abonner à MeteoBlue, faîtes aussi, et même d’abord, un don à InfoClimat.fr : c’est une super association française qui propose aussi des prévisions météo, à partir des modèles qu’elle fait tourner sur ses propres serveurs, merci pour eux _).
Pour revenir à Tooter, je me suis progressivement familiarisé avec le style des interfaces graphiques de Sailfish OS (qui s’appuie sur la bibliothèque de fonctions maison Silica, elle même appuyée sur Qt5) d’une part et des fonctionnalités ont récemment été ajoutées au logiciel d’autre part. Alors j’ai révisé mon jugement : c’est utilisable. Mais je préfère quand même le client web, question d’habitude et de couverture fonctionnelle.
7.9.1. Sailtrix, le client Matrix
Dans le même esprit, parlons de Sailtrix : le client Matrix. Il est fonctionnel. Je voulais parler de "software ruin porn" mais il a lui aussi reçu des mises à jour importantes depuis Noël. J’ai ainsi pu finalement y vérifier ma session (par reconnaissance d’emojis). Mais la couverture fonctionnelle reste elle aussi limitée et là pas de bol, un client web Element à jour refuse de se charger dans le navigateur web.
Bon, à la réflexion le clavardage en ligne avec un écran tactile de téléphone mobile c’est de toutes façons pas extraordinaire comme idée… Saitrix n’est pas prévu pour être votre client principal pour le protocole Matrix, mais il permet de suivre et de participer à une discussion même lorsqu’on est loin d’un clavier (un vrai, un Quacken des Ergonautes ! https://cfp.capitoledulibre.org/cdl-2025/talk/review/PXWB398QJSJSLN3DTFEV8VC7WMUUHGXX).
7.9.2. Whisperfish, le client Signal
Tant que j’y suis, le client Signal non officiel nommé Whisperfish est l’objet de beaucoup d’attention, certes, mais avec là encore une couverture fonctionnelle limitée. Et dès que le protocole de Signal évolue, Whisperfish se retrouve sur la touche le temps que son super développeur règle le problème. Or Signal est développé à l’américaine en mode "move fast and break things™".
La dernière fois c’était réglé en 48h, bel effort, mais l’application n’était plus fiable pendant ce laps de temps. J’ai raté des messages directs et va ramer derrière pour expliquer aux gens que : non, t’as pas eu leurs messages… Alors pour l’instant c’est joker là aussi, je suis retourné sur le client Signal officiel dans la VM Android. Le développeur de Whisperfish lui-même recommande de garder un client officiel en "installation principale" et il croise les doigts pour que le protocole se stabilise en mode : ils vont bien finir par se calmer !?
7.9.3. ArcaneChat, le client Delta-Chat
Concernant Delta-Chat, mon test d’ArcaneChat a tourné court lui aussi : l’application n’est pas encore en mesure d’émettre des notifications. Game over. Mon objectif étant d’éteindre la VM Android, j’ai besoin d’un client qui me prévienne quand j’ai un message _
Quand j’aurais fini d’écrire ce billet, je regarderais si on peut compiler DeltaTouch pour Sailfish OS, peut être via les lib Qt6 communautaires… (sur le forum ça parle d’attendre la version 5.1 de Sailfish OS pour bénéficier d’un environnement rust plus récent)
Voilà, avec ces 3 chapitres j’ai ré-équilibré un peu la balance. C’est pas tout rose non plus et je me sers encore de la compatibilité Android :-/ (elle est bien intégrée, je n’ai pas à m’en plaindre).
8. Jeux et gadgets
La sélection n’est pas la plus fournie mais on trouve des jeux dans la boutique Jolla. J’ai retrouvé un OpenFlood, un Tetris, un Reversi… mais aussi Patience Deck : un jeu de carte façon solitaire qui ne propose pas moins de 90 variantes du jeu !
Il y a aussi Jewel Rush, qui semble développé par un studio. Le nom a effectivement été choisi pour faire penser aux bonbons qui explosent mais ce n’est pas un clone non plus. Le principe en est proche et assez amusant.
Tant que j’y étais je me suis installé un logiciel pour compter les gens qui entrent dans une salle de spectacle (ça pourra être utile lors du prochain festival du Nombril du Monde à Pougne-Hérisson : nombril.com) et pour finir une horloge virtuelle pour le jeu d’échecs.
Moi qui suis un grand fan de Pl@ntNet, j’ai été agréablement surpris de trouver un client natif pour cette application en ligne de reconnaissance de végétaux à partir de photos. Je ne l’ai pas encore testée (l’hiver si c’est pas recouvert de neige ça donne moins envie de sortir, et puis il faut ouvrir un compte chez Pl@ntNet…).
J’ai également pu installer Andor’s Trail depuis F-Droid sans problème, et réimporter mes parties en cours.
9. Backup du système
Dans les réglages de Sailfish OS on trouve une option « Sauvegarde ». Elle permet de rassembler tous les paramétrages saisis dans le système (mais pas dans les applications, ni les applications elles mêmes). Le résultat est un fichier compacte (quelques MO) que l’on peut choisir de faire exporter automatiquement vers un stockage de fichier NextCloud.
L’option permet de régler facilement une fréquence de sauvegarde automatique et une destination (carte SD ou stockage distant), et de choisir s’il est acceptable d’envoyer une sauvegarde sur le réseau via données mobiles ou seulement par WiFi.
C’est une option plutôt bienvenue quand on a passé quelques heures à faire des réglages.
Je n’ai pas encore testé une restauration du paramétrage en question (comptes, signets du navigateur web, calendriers, messages, notes, contacts, journal d’appel…), et je constate que la sauvegarde automatique ne s’exécute pas actuellement sur mon système. Si je clique sur le bouton de sauvegarde manuelle tout se passe très bien, mais je n’ai pas ma sauvegarde quotidienne à 2h du matin chaque nuit (renseignements pris c’est un bug déjà identifié).
Une dernière chose : les photos, les vidéos et autres fichiers (comme la musique) ne sont pas embarqués dans ces sauvegardes, qui restent ainsi rapides et légères.
10. Blocage d’appels et enregistrement des appels
Là encore, la version courte c’est que la fonctionnalité est prévue dans le système. On est par contre sur de la peinture très fraîche. C’est tellement récent que ce n’est pas encore documenté (les infos sont éparpillées sur plusieurs fils de discussions sur le forum… https://forum.sailfishos.org/t/block-numbers-by-group-with-mask/21988/4 ).
Par contre c’est facile à utiliser, depuis un contact y’a l’option : bloquer ce numéro.
On peut retrouver la liste des numéros bloqués depuis les paramètres de l’application Téléphone (onglet de gauche dans les réglages généraux) et on peut manipuler cette liste de blocage depuis la console, comme illustré ici : https://sailfishos.wiki/books/system/page/blocking-phone-numbers-from-cli-in-sailfish-os
C’est également sur cette même page dans les réglages qu’il y a l’activation de l’option d’enregistrement des appels (ou juste l’affichage du bouton permettant d’activer cet enregistrement à tout moment pendant un appel). Cette dernière fonctionnalité n’est pas activée par défaut, il faut évidemment s’assurer que la chose est légale dans son pays avant de l’activer… J’ai testé, ça fonctionne sans histoire, ça m’a rappelé mes Androids rootés sur Fairphone y’a 10 ans.
Pour en revenir au blocage de numéros, j’ai d’abord essayé avec SpamBlocker, installé via F-Droid. Mais sans succès : l’appli fonctionne sans se rendre compte que Sailfish OS ne lui envoi pas les signaux d’appel derrière. Lors du samanche initial j’en était resté là pour être honnête.
J’ai ensuite passé pas mal de temps à tester l’application Phonehook, recommandée à maintes reprises sur le forum, mais qui est compliquée à installer et qui ne fonctionne pas avec un Sailfish OS récent (si on ne désactive pas l’option Sailjail en éditant le lanceur de l’application sur le bureau… chose que je n’ai pas essayée vu que j’ai trouvé entre temps l’info pour le blocage par prefix intégré au système).
11. L’explorateur de fichier : File Browser
Il y a un super explorateur de fichiers. C’est une application tierce, mais elle est indispensable à mes yeux. Elle est proposées à l’installation en fin de procédure d’accueil.
On notera au passage que dans l’univers de Sailfish OS certaines applications portent des noms descriptifs comme : Calendrier, Books ou File Browser… Pour un peu on se croirait chez /e/OS (Murena), le renommage cavalier de projets libres en moins.
Le File Browser est un peu l’ambassadeur du concept de navigation par glissades sur l’écran, hérité du swype swag de Nokia avant la chute. Ça demande un peu de concentration au début, mais c’est amusant, efficace et bien vite adopté.
Pour l’anecdote, il est possible de configurer Android de manière à ne pas afficher les trois coquillag^W boutons en bas de l’écran pour gagner de la place et on accède alors aux fonctionnalités correspondantes en glissant son pouce depuis les bords de l’écran. C’est justement comme ça que j’utilisais mon Android 12 et j’ai donc apprécié de découvrir qu’Android ne proposait en la matière qu’une pale copie de la navigation imaginée par Nokia pour son N9. Le swype c’est facile et rapide, pas besoin d’être précis.
Et quand je me suis retrouvé quelques heures plus tard, à nouveau avec mon ancien Android dans les mains pour quelques derniers exports de données, j’ai trouvé sa navigation pataude et ringarde ce qui m’a surpris moi-même (après une décennie passée sous Android).
Avec Sailfish OS on glisse : vers le haut, vers le bas, à gauche à droite, en partant du bord ou pas, le long d’un bord ou pas… Et même avec un écran trop grand ou trop long, on active les menus situés à l’autre bout de l’affichage juste en tirant dessus depuis le bas ! Adoption immédiate… Et puis en terme d’accessibilité, c’est au top. Faut dire que le PDG de Jolla il n’a qu’un bras, alors j’imagine que la navigation à une main est sérieusement testée de leur coté.
Bon, mais pour revenir au File Browser, je n’ai par contre pas trouvé tout seul comment on sélectionne plusieurs fichiers à la fois… J’ai même cru que ce n’était pas possible avant de me raviser devant l’énormité de l’idée. J’ai vu que d’autres utilisateurs parlaient de sélections multiples sur le forum et je me résigné à aller lire la documentation du logiciel pour trouver comment faire. Oui je sais, la honte… mais que voulez-vous j’étais pressé.
Vu que l’idée de cet article c’est de vous faire gagner du temps, je vous livre l’astuce : il faut cliquer sur les icônes des fichiers qu’on veut sélectionner (pas leur nom) pour réaliser une sélection multiple, ça les surligne. Peut être fusse par rancune, mais en tout cas je me suis empressé de configurer l’affichage de l’application pour avoir des icônes légèrement plus grosses que par défaut…
Malgré ces débuts un peu crispés, j’ai vite appris à apprécier cette application et je comprends qu’elle soit la mieux notée de la logithèque Jolla avec plus de 6000 suffrages.
Toutefois, c’est cette application qui va nous faire tomber dans le terrier du lapin (blanc). En effet, dès qu’on la lance, elle, la star de la logithèque, installée quasiment d’office en fin de procédure de bienvenue, la chouchoute des utilisateurs, dès sont premier lancement : elle annonce qu’il ne faut pas utiliser sa version officielle et qu’il est recommandé d’installer sa version complète depuis OpenRepos.net.
Il existe donc une 2e logithèque pour Sailfish OS (en plus des F-Droid et Aurora Store). Une logithèque non officielle, une porte ouverte vers encore plus de liberté ? En tous cas vers encore plus de choix !
12. Storeman, la 2e logithèque
Pourquoi une 2e logithèque ? Parce que Jolla n’accepte dans la sienne que des applications soigneusement revues et qui ne peuvent pas abimer le système (vérifications pour lesquelles ils ont de toutes façons 2 semaines de file d’attente en ce moment).
Ça peut être vu comme un joug pour les libristes, mais c’est plutôt rassurant pour ceux qui veulent juste faire ce qui est prévu, sans tout casser. (je me souviens par exemple m’être dépêché de rapporter mon Orange SPV sous Windows Mobile premier du nom, en 2002, après avoir cassé le système en modifiant des fichiers pas très importants d’habitude dans Windows…)
C’est plutôt rassurant de savoir qu’avec la première logithèque on ne court aucun danger. Enfin presque, on dispose tout de même d’un terminal, astucieusement nommé Terminal, dans lequel on peut acquérir des droits d’administrateur et donc le pouvoir de tout casser. Mais là c’est clairement un argument pro-Sailfish OS : pas besoin de manipulations complexes pour "rooter" son téléphone en faisant sauter la garantie. Sailfish OS c’est un GNU+Linux normal, avec des paquets .RPM habituels et vous êtes administrateur sur la machine. Elle est donc enfin vraiment à vous cette machine. C’est quand même l’intérêt principal de passer à Sailfish OS de mon point de vue : le système ne peut rien m’imposer et au pire je peux toujours modifier ce qui m’y déplait (HAL : non Dave, ne débranche pas…).
Au passage, la commande pour acquérir les droits administrateurs est devel-su (et pas l’habituel sudo) et le mot de passe est à préciser dans les options de développeurs à la fin du menu des réglages. On peut trouver des exemples d’échanges en ligne de commande avec le système sur le wiki de la communauté : https://Sailfishos.wiki
Sailfish OS c’est à 90% du logiciel libre qu’on peut vérifier et modifier. 90% seulement ? Oui, parce qu’il y a des petits bouts développés par Jolla et sur lesquels ils comptent pour survivre. C’est notamment le cas de la bibliothèque graphique Silica qui permet cette expérience zen et homogène du système : « toutes les applications s’habillent pareil »), ou les applications accessibles seulement avec la version payante (comme le support des applications Android, les suggestions de saisie prédictives du clavier…).
Jolla libère régulièrement les éléments et applications qu’ils ont développés et qui ne sont plus stratégiques (comme récemment : leur application météo tout bien intégrée au système, qui ne marche plus faute de contrat avec le prestataire qui fournissait les données météo).
Mais il y a donc une deuxième logithèque, où les développeurs peuvent poster ce qu’ils veulent (comme les dépôts communautaire d’Arch Linux), sans avoir à brider leur logiciel comme c’est le cas pour l’explorateur de fichiers.
Et puis, en fait Sailfish OS n’est que la dernière incarnation d’une lignée de systèmes GNU+Linux pour téléphone portable démarrée par Nokia et Intel il y a déjà fort longtemps : Meego, Mer… or les applications développées pour ces précédents systèmes existent encore et fonctionnent toujours pour la plupart. Elles sont regroupées sur le site web OpenRepos.net. Ce dernier revendique d’ailleurs un total de 14 millions de téléchargements depuis son lancement et on y découvre que la France est un bastion d’utilisateurs de Sailfish OS (occupant la 4e marche du podium mondial).
Storeman, c’est un client natif Sailfish OS pour OpenRepos.net : c’est à dire une application qui permet d’installer facilement sur son Sailfish OS les applications proposées par OpenRepos.net.
Je me suis donc retrouvé à télécharger Storeman depuis le site OpenRepos.net et à activer l’autorisation d’installer des logiciels tiers dans Sailfish OS, avec une grosse impression de déjà vu… c’est tout comme quand on installe F-Droid sur Android. On retrouve la même satisfaction de transgresser un "interdit" :-) Un peu comme quand tu t’enfuis par la fenêtre, sauf que là t’étais pas dans une prison Android, juste dans ta maison confortable.
Dans la suite de ce texte, nous allons désormais explorer les trésors cachés dans ces dépôts, mais avant je tiens à préciser que j’ai organisé ce récit de manière à retarder ce moment le plus longtemps possible, afin de donner un aperçu clair de ce qu’il est possible de faire sans bidouillage, si on se contente de la boutique officielle. Force est de reconnaître qu’on va déjà très loin, dans ce cas.
Passé ce cap, chaque évolution demandera graduellement un peu plus d’efforts, mais l’aspect escape-game ne fut pas pour me déplaire. Ça faisait même longtemps que je ne m’étais pas autant amusé.
12.1. WireGuard
Pour configurer un VPN WireGuard, il faut en passer par Storeman. En cherchant par mots clés on trouve au moins 5 paquets concernés. Avec Sailfish OS 5.0 il n’est en fait plus besoin que du premier : WireGuard for Sailfish (Settings UI). En effet WireGuard est un module du noyau Linux et il suffit de bien compiler ce dernier pour le rendre disponible. Les précédentes versions de Sailfish OS ne proposaient pas le module du noyau et il fallait installer une ré-implémentation de WireGuard dans l’espace utilisateur (c’est à dire : hors du noyau) et ça devait être plus lent et plus consommateur en batterie à l’usage.
Une fois le paquet installé une nouvelle catégorie de VPN est disponible dans les réglages généraux de Sailfish OS : WireGuard.
Pour ma part je me suis transféré un fichier de configuration via QR code pour l’importer dans le système et m’éviter d’avoir à recopier les longues clés de chiffrement à la main.
Dans les réglages du VPN, il est recommandé de cocher l’option "Remember authentication information" et "Enable IPv6 data leak protection". On est en droit de se demander pourquoi ce n’est pas coché par défaut (ni, en fait, le type de VPN WireGuard lui-même ; ce n’est peut être qu’une question de temps).
Tant que j’y étais à rassembler les informations correspondantes depuis le forum communautaire de Sailfish OS, j’ai mis à jour cette page du Sailfishos.wiki : - https://sailfishos.wiki/books/wireguard-on-sailfishos/page/installing-wireguard
WireGuard c’est encore un objectif atteint. Avec la protection de la batterie (par limite de charge) maintenant intégrée de base dans la plupart des systèmes d’exploitation de téléphones mobiles, me voilà revenu au niveau de fonctionnalité du précédent téléphone que j’avais rooté.
12.2. FishOBD
Storeman nous ouvre aussi les portes de FishOBD : une application qui permet de lire les informations de diagnostic d’un moteur de voiture (en fonctionnement) en se substituant à la fameuse valise des garagistes. Là les informations sont transmises par bluetooth vers le téléphone via un "dongle" (qu’on traduit assez spontanément par 'bidule' en français) branché sur le port OBD du véhicule.
FishOBD nécessite un bidule compatible ELM327, ce qui est le cas d’un des deux machins dont je m’étais déjà équipé (pour 10€ sur un site en ligne, avant qu’on ne découvre la tolérance au fascisme de ses actionnaires américains).
J’ai trouvé la présentation de FishOBD meilleure que celle d’AndrOBD (que j’utilisais précédemment). En effet, les informations sont regroupées dans des pages, que l’on tourne avec le pouce de gauche à droite au lieu d’avoir tout à la suite dans la longue liste à faire défiler dans AndrOBD. On ne sait alors jamais où s’arrêter pour retrouver une info précise… ils ont bien essayé de clarifier la situation en ajoutant des couleurs aux catégories d’info, ça reste pénible à utiliser AndrOBD (surtout dans le contexte typique : en voiture, avec généralement un qui voyants rouge qui vient de s’allumer sur le tableau de bord — quand c’est pas deux — et la voiture qui s’arrête, alors que ce n’est pas le bon moment…).
Dans FishOBD, la lecture des codes d’erreur n’est par contre pas régulière avec ma configuration actuelle. Il faut en effet rafraichir plusieurs fois la page pour avoir une lecture fidèle. Une fois sur deux l’appli annonce qu’il n’y aucun code d’erreur alors que je vois bien le voyant sur mon tableau de bord ! J’ai également eu des codes d’erreur tronqués parfois, alors c’est un peu la fête quand la page fonctionne correctement.
L’effacement des codes d’erreur ne pose lui aucun problème.
Et puis il faut s’en contenter de FishOBD car AndrOBD ne parvient pas à se connecter de son côté le bluetooth n’étant pas encore disponible dans la VM Android.
12.3. Améliorer le guidage GPS avec Pure Maps
Bien que nous ayons déjà une application de guidage par GPS qui fonctionne je conseille vraiment d’essayer Pure Maps depuis Storeman. C’est de mon point de vue la meilleure application libre de guidage par GPS.
Des amis m’ont répondu : « mais comment ça peut être mieux qu’Organic Maps qui juste marche ? »
Eh bien pour commencer, Organic Maps s’est complexifiée ces dernières années. La situation aussi s’est complexifiée et je suis passé, comme beaucoup, à CoMaps. Mais pour bien illustrer mon point de vue prenons l’exemple d’un réglage simple : « éviter les routes à péage » (parce que oui, on est pas encore vraiment sorti du moyen age et il existe toujours des péages sur les routes importantes…). Dans OSMAnd ou CoMaps c’est un réglage enfoui sous plusieurs couches de menus, alors que même avec une politique aussi arrêtée que la mienne à ce sujet, c’est en fait un paramètre qui bouge souvent.
Pourquoi ? Parce que parfois c’est un gain de plusieurs heures de passer par une route à péage, parfois on a besoin de calculer un itinéraire en urgence alors qu’on se trouve déjà sur la route à péage (game over) et parfois il faut négocier avec les autres passagers… Et dans l’autre sens, hein ? Quand on le laisse en mode "piège" et qu’on se rend compte au bout d’une demi-heure qu’on ne roule pas dans la bonne direction mais vers l’entrée d’autoroute la plus proche, que du bonheur…
Avec Pure Maps, le réglage est présenté sur l’écran de programmation de l’itinéraire après le lieu de départ, la destination et le mode de transport. T’es couvert.
Accessoirement, Pure Maps c’est une application GNU+Linux, elle peut fonctionner pareil sur votre machine de bureau… elle est au moins packagée Nix et pour Alpine Linux.
Toutefois Pure Maps ne vient pas avec son mécanisme de téléchargement de cartes hors-ligne. Il faut donc passer par une application tierce : OSM Scout Server. Les deux applications parlerons ensuite ensemble de manière transparente, mais il faut d’abord indiquer à OSM Scout Server ce qu’on veut télécharger comme carte en s’abonnant à des zones géographiques (par exemple la France, région par région…).
Il y a plusieurs jeux de données pour chaque zone géographique. J’ai testé quelques combinaisons et en suis arrivé à tout prendre sauf les données Mapnik, ça économise toujours ~25% de l’espace de stockage nécessaire… Les cartes restent énormes (18GO pour la France métropolitaine — et je précise parce que oui, en plus des routes à péage la France impérialiste a encore des colonies un peu partout dans le monde et que c’est relou à télécharger), mais détaillées et ce qui compte au final, c’est surtout que le moteur de recherche nous trouve la destination saisie ! (de toutes façons je ne range rien de précieux dans la mémoire du téléphone, les trucs importants sont sur la carte SD amovible et chiffrée, alors autant qu’il serve à quelque chose l’espace de stockage interne…).
12.4. Améliorer le claver avec OKboard et Multi Keyboard Layouts
Concernant le clavier, on a un bon moteur de suggestion de saisies qui vient avec les modules pas libres accessibles avec une licence Jolla. Il s’appelle XT9.
Toutefois, sans vouloir en faire un critère important, moi j’étais assez fan de la saisie par glissade sur le clavier d’une lettre à l’autre. OK, c’est un gadget, mais la vie est aussi faite de petits plaisirs…
Autant vous dire que j’étais ravi de découvrir l’application OKboard dans Storeman qui permet justement d’augmenter le clavier avec ce mode de saisie. J’avancerai même que ce mode 'swype' là est plus léger et plus rapide que celui proposé par Microsoft pour un téléphone Samsung sous Android. Autant pour les petits plaisirs du quotidien.
Mais ce n’est pas tout, un utilisateur français de Sailfish OS propose également des agencements alternatifs de lettres et de symboles. On peut ainsi avoir un clavier 'azerty' avec des symboles de programmation proches de la surface (et une rangée de chiffres). Ce super professeur d’université a même eu une idée géniale : il propose un clavier anglais, mais azerty ! On bénéficie comme ça de la correction orthographique anglaise, tout en gardant les lettres à la même place ! (il ne manque plus qu’une disposition Ergol). Pour bénéficier de ces dispositions clavier enrichies, il faut installer Multi Keyboard Layouts depuis Storeman.
Et le meilleur c’est que le clavier, la couche de glissades et la disposition azerty augmentée s’empilent parfaitement.
Pour en finir avec le clavier, il reste une application Neuntrainer (qui permet d’enseigner vos mots au moteur de suggestion) et un patch qui promet d’améliorer la gestion de la ponctuation par le moteur de suggestions XT9, mais on verra les patchs un peu plus loin.
12.5. Lecture NFC : NDEFined (Storeman)
J’avoue, celle là j’ai mis du temps à la trouver. C’est avec cette application que j’ai testé le lecteur NFC. L’interface est simple : un onglet lecture, un onglet écriture.
L’application se concentre sur la norme NDEF seulement mais elle a fait preuve d’une grande réactivité pour m’indiquer que mes cartes bancaires n’étaient pas d’un format compatible. Une fois passée la déception première, j’en suis arrivé à la conclusion que c’était probablement préférable ainsi… en tous cas le NFC fonctionne.
La prise en charge du côté de la couche de compatibilité Android est par contre réputée non fonctionnelle et elle n’est pas prioritaire non plus. Le chantier en cour dans ce domaine c’est le bluetooth, son support côté Android semble lui imminent, via une application à installer via le 'Jolla store'.
Alors on est pas à l’abri d’une surprise pour le NFC, tout comme ça peut encore prendre des années.
12.6. Advanced Camera
L’autre star de Storeman c’est Advanced Camera. Un logiciel un peu plus complet pour faire des photos.
À l’usage, je ne lui ai pas trouvé beaucoup d’avantages et suis revenu au premier choix. Ce qui m’a gêné dans Advanced Camera c’est qu’il est plus long et compliqué de vérifier si la photo qu’on vient de faire est bonne ou pas… La navigation pour retrouver l’aperçu de la dernière photo n’est pas homogène avec le reste du système (bouton et pas glissade) et on ne peut pas zoomer sur cet aperçu (alors qu’un simple double clic zoomait directement à de 100% chez Samsung par exemple).
Toutefois, Advanced Camera présente l’avantage d’offrir du choix et surtout, c’est ce logiciel qui m’a ouvert les portes d’une 3e logithèque !
En effet, dans la description d’Advanced Camera présentée par Storeman il est précisé que la version proposée par Storeman est obsolète et qu’il faut passer par Chum pour télécharger la dernière version.
Il y a donc encore un catalogue à explorer \o/
13. Chum
Depuis Storeman, une recherche sur "chum" renvoie « SailfishOS:Chum GUI Installer » comme premier résultat.
Dans cette nouvelle logithèque on retrouve bon nombre d’applications déjà listées dans ce texte (et déjà présentes dans les autres magasins d’applications), mais pour certaines dans une version plus récente. En effet, les développeurs les plus actifs ont décidé de migrer vers cette plateforme. C’est le cas d’Advanced Camera, ou Pure Maps. Pour d’autres, l’avance n’est que de quelques semaines au mieux, le temps que Jolla consomme ses 2 semaines de liste d’attente de validation. C’est par exemple le cas de : Sailtrix, Tooter, BarCode & QrClip, Stellarium…
Mais qu’est-ce qui a pu motiver les meilleurs développeurs à compliquer encore la situation ? Je ne me suis pas penché sur les gros débats à ce sujet sur le forum, mais j’y vois au moins un intérêt : la perspective de pouvoir grossir sans subir de trop gros ralentissements. En effet, Chum est un dépôt unique (rapide à charger) là où le couple Storeman / OpenRepos.net s’est construit en offrant un dépôt pour chaque utilisateur. Le modèle "chacun chez soi" offre un maximum de liberté aux développeurs et ne demande pas vraiment de travail de modération de la part de l’administrateur du serveur, mais il présente aussi l’inconvénient de multiplier les latences réseau de mise à jour du catalogue par le nombre de dépôts. Dans cette configuration plus Storeman a de succès (en terme de nombre de développeurs ou de nombre d’applications installées) plus il est ralenti.
Le modèle de Chum me semble exiger une modération des contenus intégrés au catalogue commun, mais ce sont aussi les temps de chargement de dépôt qui se retrouvent mis en commun.
En pratique on gagne en plus un clic par installation car il n’y a plus besoin de s’abonner d’abord au dépôt d’un développeur pour pouvoir installer son application.
Avec Chum, les installations et les recherches de mises à jour sont donc plus rapides.
Il semble que nous soyons dans une période de transition pendant laquelle Storeman reste incontournable, mais présente le piège de proposer des paquets périmés pour certains logiciels importants…
14. Patchmanager
Il existe encore une caverne d’Alibaba à explorer. Elle est accessible depuis Storeman, c’est le Patchmanager.
Ce dernier permet d’appliquer des modifications (réversibles) aux fichiers du système pour en amender le comportement.
Quand on installe le Patchmanager, une nouvelle entrée est créée dans le menu des paramètres du système.
En explorant le catalogue des patchs disponibles j’ai notamment retenu :
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"Torch on lockscreen" et "Pulley menu: Always Bounce Back" qui permettent de mettre l’appareil en mode torche en deux coup de cuillères à pot (enfin, de pouce) sans le déverrouiller, grâce à un menu du haut de l’écran à tirer ;
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"Always show close icon" pour fermer plus facilement les applications ;
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"Improved XT9 punctuation handling" : déjà évoqué, mais honnêtement là j’ai pas comparé avec ou sans ;
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et le meilleur pour la fin : "Compositor Animation" un patch qui ajoute lui aussi une entrée dans le menu des paramètres du système ouvrant vers la possibilité de réduire la durée des animations ! (j’ai mis 250 ms partout, gagnant ainsi un quart et parfois même une demie seconde sur chaque animation)
15. Notes sur le quotidien
15.1. Autonomie : 50% de batterie utilisée par jour (de 80% à 30%)
Mon système tiendrait 2 jours en veille sur les 4100mAh de capacité restante de ma batterie (sur les 4500 annoncés par le constructeur au départ) et il ne descend pas en dessous de 20% les jours les plus occupés. Ce n’est donc pas une préoccupation : chaque soir je le pose sur une base de rechargement par induction, du côté où j’ai branché un patch externe, planqué sous la coque et je le récupère à 80% le lendemain.
Si le WiFi est activé et que le téléphone est gardé à portée d’émetteur, la consommation n’est plus que de 30% sur une journée légère. On passe de 2,5% de perte batterie par heure à 1,3% (mesuré par l’application Usage de Storeman). Je n’imaginais pas une telle différence.
15.2. Empreintes digitales
Le lecteur d’empreintes digitales est plutôt lent 1 à 3s par lecture… Si en plus vous ajoutez une coque un peu épaisse (qui borde le lecteur d’empreintes d’une petite falaise de plastique) déverrouiller l’appareil peut devenir franchement pénible.
Deux astuces ont permis d’améliorer grandement la situation :
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enregistrer plusieurs fois mon emprunte de pouce (j’suis monté à 5, un peu pour tester, avec et sans coque…)
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mettre une coque plus fine ! (très efficace)
15.3. Un bon son
Je tenais à mentionner quelque part que si je suis critique de la qualité du matériel photo embarqué par Sony dans ce modèle, le qualité du son m’a semblé elle tout à fait à la hauteur (pour ne pas dire très bonne).
15.4. NextCloud Notes
Il y a une application NextCloud Notes dans Storeman pour interagir avec les notes de son serveur. Je regrette qu’elle ne garde pas les fichiers en cache hors ligne, mais je l’utilise beaucoup !
16. En conclusion
Pari gagné, j’ai tenu mes délais et ça a été un beau Noël pour tout le monde !
Ces découvertes m’ont enthousiasmées et je me suis bien amusé à peaufiner mon système ensuite.
Et puis le quotidien a repris son cours, tout ce dont j’ai besoin fonctionne et mon téléphone est repassé de « terrain de jeux » à téléphone qui se fait oublier.
Entre temps j’ai monté une équipe Liberapay (qui compte déjà 22 développeurs) pour avoir une porte de collecte unique des dons pour les contributeurs de la communauté SailfishOS :
Et j’ai encore 2-3 idées d’améliorations du clavier avancé et envie de travailler sur le support de la radio FM embarquée par Qualcomm dans ces engins… Et puis, comme mentionné au début, il vient de sortir un portage communautaire de SailfishOS pour les terminaux Sony Xperia 5 IV : une nouvelle jungle à explorer !